« Une bonne cuisse dodue et savoureuse »

Voilà l’expression employée par un restaurant qui souhaite faire saliver les auditeurs radiophoniques. J’ai entendu cette pub radio et j’ai soudain eu un vertige. En sommes-nous vraiment rendus là? Plutôt, ai-je vraiment mis ma tête dans le sable tout ce temps? Suis-je vraiment humaine? Comment cette insouciance tordue a t-elle pu s’emparer de moi durant toutes ces années?

En écoutant la publicité, j’ai ressenti du désespoir pour ma propre espèce. Comment peut-on, en tant que peuple civilisé et supposément ÉVOLUÉ, en venir à banaliser au nom de nos papilles narcissiques le fait de découper et de manger un autre être vivant, de cautionner la mort, le démembrement d’un être sans voix ni droit tout simplement dans le but d’en retirer un profit?

Comment peut-on, en tant que société aussi avancée, tolérer une telle aberration auditive sachant que nous sommes à ce point manipulés par des richissimes sans scrupule pour qui nous ne sommes nous aussi que du bétail de service?

En entendant cette publicité, la majorité des gens continueront à vaquer à leurs occupations sans même porter attention au non-sens des mots? Pourquoi une personne qui entendra cette publicité, vaquera t-elle à ses occupations sans même porter attention à ce qu’elle vient d’entendre? Pourquoi n’a t-elle même pas le réflexe de réfléchir aux non sens des mots?  Comment notre espèce peut être à ce point aveuglée par des croyances aussi arriérées qu’incongrues?

Je me suis mise à imaginer à cet instant si cette même pub proposait  »Venez essayer notre savoureuse cuisse de chien dodue et tendre, un vrai délice! » Horrible non? Comme si le fait de proposer une cuisse de poulet était en soi légitime alors que celle d’un chien deviendrait scandaleux et obscène.

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Publicité et fausse représentatation

Mon copain récemment végétarien, entra un soir du travail en me disant « C’est assez spécial, maintenant que je ne mange plus de viande, j’entends toutes ces publicités et c’est hallucinant comment l’industrie nous pousse à manger de la chair animale! »

Il a bien raison. Des pancartes de burgers dégoulinants ornées de slogans accrocheurs, des photos « d’épaule de porc en en vente » dans le journal comme si l’acte d’exposer un membre mort était tout à fait normal, sans compter les soldes de poulet, l’insulte suprême à une vie entière qu’on a confisquée pour un profit d’à peine 10$, ces affiches sur l’autoroute scandant les bienfaits d’un verre de lait ou « de deux c’est mieux » et j’en passe.

Un jour, alors que j’étais prise dans le trafic, j’ai remarqué un camion à mes côtés, avec comme mention Viandes—-. J’ai vu l’image format géant d’une petit veau avec sa maman dans un champ entourés d’herbe fraîche et d’une grange au loin semblant nicher un bonheur que je savais trop bien déguisé. Je n’ai pu m’empêcher de penser « mais quelle hypocrisie! » Les enfants qui verront eux-aussi dans le trafic ce joli camion tout en couleurs, n’imagineront même pas la noirceur de la réalité et passeront encore une fois à côté d’une occasion de voir le monde tel qu’il est vraiment. On a qu’à penser aux boîtes de lait dépeignant une petite vache heureuse dans le pré, ou cette boite d’œufs montrant des poulets en liberté pour comprendre que l’industrie nous voile le visage d’illusions.

Nous sommes des victimes nous aussi. Victimes de notre propre naïveté, victime de notre lavage de cerveau collectif et subtil n’ayant eu aucune trêve malgré notre dite évolution. Cette pollution visuelle de faux semblants me décourage, comme ces discours sournois et fallacieux de l’industrie qui profite de notre bêlement collectif pour s’en mettre plein les poches.

Lorsque notre vision s’élargit un peu et qu’on réalise l’ampleur de la situation on voit une autre dimension et toute cette propagande nombriliste nous semble soudain totalement abjecte. L’industrie nous a lobotomisés très tôt à la naissance et malheureusement il est très difficile pour plusieurs de se déprogrammer. Lorsqu’on essaie de le faire, d’informer, de proposer un recul sur nos croyances enracinées, nous voilà classés dans la catégorie « extrémiste ». Effectivement, lorsqu’on sort notre tête de sa boite originelle, qu’on se définit en mouton qui sort du troupeau espérant ratisser un meilleur chemin, on devient différent, voir même anormal aux yeux de la masse.

Aujourd’hui je vous avoue que je n’ai jamais pourtant été aussi fière d’être ce mouton extrémiste qui a la nausée lorsqu’il entend la phrase »cuisse dodue et savoureuse » plutôt qu’avoir l’eau à la bouche et la tête dans le sable.

 

 

Sources images: L214 et Jo Anne McArthur

 

Comments
  1. 3 années ago

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