LE JOUR OÙ J’AI ROMPU AVEC CE PORC

Enfant, j’étais probablement la plus grande carnivore qui soit. Ma mère me dit souvent en riant que toute petite, je rejetais mes légumes en la suppliant de les remplacer par de la viande.  Je jouais avec ma petite fermette Fisher Price et j’avais ces dizaines de peluches en forme d’animaux que je bordais chaque soir dans mon lit. Mon petit cerveau n’associait pas encore que ceux que j’aimais, mes amis, étaient aussi ceux que je retrouvais le soir à table.

Nous avions une ferme avec des lapins et des poules. J’allais tendrement les nourrir chaque matin. Un jour, mon père qui s’auto-suffisait de ses bestiaux, me montra comment couper la tête d’une poule à l’aide d’une hache. Je l’accompagnai dans la grange et je le vis couper la tête d’une de mes amies. Celle-ci s’enfuya en courant la tête coupée (dû au système nerveux). Je vis cette amie, que je nourrissais et cajolais depuis des semaines, passer devant moi la tête en moins. Tout ça était pourtant dans la normalité pour mon entourage qui avait grandi en croyant que les animaux étaient nos esclaves.

Au diable la tradition!

Chez ma grand-maman maternelle, il y avait un pot dans lequel se trouvait des langues de porcs baignant dans le vinaigre. En farce, lorsque je parlais trop (chose qui arrivait très souvent), on menaçait de me couper la langue et de la mettre dans le bocal avec les autres langues. C’était une blague qui aujourd’hui reflète bien l’indifférence qu’on avait à l’époque et qu’on a malheureusement encore pour les plus faibles que nous. Comme si le fait de me couper la langue pour la mettre dans ce bocal aurait été un crime, une atrocité dont je me devais d’avoir peur. Mais ce porc, lorsqu’on lui sectionna la langue, n’avait-il pas eu peur? Pourtant le porc lui n’avait pas le choix.

Tout simplement puisque lui, il ne parle pas notre langue, on pouvait donc lui prendre la sienne.

J’ai grandi dans une famille de carnivores. De la viande à chaque repas, un steak saignant, du foie de veau, du ragoût de pattes de cochons.. tout ça semblait si naturel et normal pour ma famille. Le jour où j’ai entendu mon steak crier en voulant en prendre une bouchée j’ai compris que quelque chose n’allait plus. Ne contactez pas un psychiatre, je dis cela au sens figuré ;)…

Rouler à côté du fourgon de la mort…

J’ai fini par faire un virage à 360 degrés. Comme un fumeur qui cesse de fumer du jour au lendemain, ma seule « patch » étant les atrocités que j’avais sous les yeux jour après jour à force de m’informer. Un choix s’impose lorsque la raison l’emporte sur le plaisir. Lorsque je voyais un camion bourré de porc sur l’autoroute en direction de l’enfer, lorsque j’ai croisé les yeux d’une de ces bêtes et que mon cœur a fait 3 tours, j’ai compris que je ne pourrais jamais oublier ce regard, que je ne pouvais plus être hypocrite et cautionner sa souffrance.

Je n’étais pas la conductrice de ce camion de la mort, je n’étais pas non plus le bourreau qui procéderait à son abattage, mais si le soir même je l’avais mangé, j’aurais été complice de sa mise à mort. Je n’aurais pas eu son sang sur mes mains… mais je l’aurais eu dans ma bouche!

Pour moi, ce fût une révélation qui allait totalement changer le cours de ma vie.  Je voyais ce porc abîmé et stressé qui me regardait avec son gros groin à la recherche d’un peu d’air et j’ai eu pitié de lui. Davantage encore, j’ai eu pitié de moi… Pitié d’encourager son supplice, son malheur!

Je regardais autour de moi et je voyais cet automobiliste, qui roulait aussi à côté de ce camion et qui chantonnait au rythme de la radio. L’autre d’à côté qui riait avec son partenaire probablement en train de se demander ce qu’ils mangeraient pour souper… Ce bonheur tout naturel, côtoyant de si près la souffrance, c’était pour moi d’une telle injustice, un délire pur et simple d’une triste réalité.

J’ai banni le porc de mon alimentation…

cochon triste dans le fourgon de la mort

J’ai dans un premier temps banni le porc de mon alimentation. Incluant bien entendu le bacon même si j’en avais auparavant mangé un paquet complet au déjeuner. Mon ami le porc m’a remercié, mon tour de taille aussi.

Puis j’ai banni le bœuf de mon alimentation et finalement le poulet. Ce dernier fut plus difficile à arrêter. Je ne sais pas si c’était parce que cet animal ressemblait moins à un mammifère, parce qu’il semblait moins intelligent, moins gros, je ne sais quoi répondre. J’adorais son goût. J’en mangeais chaque jour ou presque. Je pratiquais le spécisme en toute connaissance de cause, je n’avais aucune excuse et je le regrette amèrement.

Puis un matin, je me rendis au travail et en chemin je croisai un autre camion de la mort rempli de poulets affolés. Je vis une petite poule, plumes dans le vent, complètement transie de froid. J’avais le chauffage dans la voiture, il devait faire à peine 2 degrés. Elle était là, les yeux fermés par le vent, les plumes tirées vers l’arrière. Elle devait avoir froid comme jamais. J’ai eu pitié d’elle et je commençais à trouver difficile de manger l’une de ses sœurs. Pourquoi avais-je droit de me réchauffer le visage, d’abréger mon malaise alors qu’elle, elle allait devoir tenir peut-être encore 36h dans cette horrible condition? Et tout cela pour rejoindre la mort…

On enlève sa tête du sable…

Le déclic, le vrai,  fut toutefois un  jour à l’épicerie. J’allais chercher un poulet rôti pour me faire un « hot chicken » et je réalisai que je  me promenais dans le magasin avec non pas un simple souper, mais bel et bien un animal qui avait donné sa vie pour moi. Je le tenais par la poignée en carton, tel une boite à lunch et alors je réalisai l’absurdité de la chose.

Je tenais dans ma main une boite de cadavre, un être, une vie enlevée. Je tenais de la souffrance en boite tout simplement et je le faisais d’un naturel qui me choqua profondément.  Je voyais ses petites pattes encordées et je me suis dit, il est mort pour un seul repas… Le « plaisir » de quelques minutes…

Mon copain ayant un appétit d’ogre et moi qui mange aussi pour deux, nous allions prendre la vie de ce poulet pour rassasier nos estomacs pendant quoi, quelques heures dans le cas du glouton avec qui je partage ma vie?

Puis j’ai pensé aux souffrances que ce malheureux poulet a endurées pour se rendre jusqu’au  marchand du coin. La vie dans une cage à peine assez grande pour lui, le bec  tranché sans anesthésie, le stress, la vie dans une pleine obscurité, le transport vers l’abattoir dans des conditions infernales et le massacre par des bourreaux qui ne voyaient en lui qu’un quota journalier à satisfaire.

Tout ca pour UN repas…. Un seul malheureux petit repas…

C’est à partir de ce moment que j’ai décidé d’enlever les cordes aux pieds de tous les poulets et de leur rendre ce que je  leur devais bien,  un peu de respect pour leur vie. J’avais enfin compris qu’un plaisir gustatif et égoïste de 10 minutes ne pèserait jamais assez dans la balance comparé au malheur de ce pauvre oiseau.

Une nouvelle vie prônant la paix

Le jour où l’on arrête d’encourager ce génocide animal tout change autour de nous: notre vision des choses, le regard des autres sur nous, notre regard sur les autres… Tout! Quelque chose change pour le mieux et c’est ce sentiment de devoir accompli. Lorsque je croise un tombeau roulant sur l’autoroute, je n’ai plus honte car je fais ma part. Je me sens parfois davantage l’une des leurs  plus que l’un des miens. Je refuse d’encourager un massacre en série et j’en suis fière.

Lorsque j’arrive à l’épicerie avec mes burgers sans viande ou mon tofu, je les étale fièrement en espérant que le client derrière moi verra qu’il est possible de manger végé et d’avoir un teint santé et non vert comme le dit la croyance populaire. Je suis fière de ce virage vers la paix et la compassion. Même si j’ai l’air d’une extra-terrestre aux yeux de mes pairs, je sais au fond de moi que je suis égale à moi-même. J’ai un cœur et il est assez grand pour les humains ET pour les animaux. Je dors bien sur mes deux oreilles le soir puisque je me sens davantage connectée à la vie autour de moi. Peut-être est ce parce que je me nourris maintenant de vie et non plus de souffrance et d’agonie?

Que ceux qui sont contre mes paroles me coupe la langue et la mette dans le vinaigre car je continuerai à transmettre mon message à qui voudra bien l’entendre…

Images courtesy of Jo-Anne McArthur /WeAnimals.org

Comments
  1. 2 années ago
    • 2 années ago

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