La lassitude

 

Je vous partage aujourd’hui le texte de mon amie Josée Masse, cette ex-inspectrice d’abattoir ayant témoigné de son passé dans l’article « Dans le couloir de la mort ». Parce que l’impuissance et la lassitude sont des émotions avec lesquelles nous devons vivre jour après jour lorsqu’on se bat pour la cause animale ..

 

L’épuisement de l’attente. Fatiguée de patienter. Je me rappelle une phrase de mon père quand j’étais jeune femme, il disait tu verras, un québecois est patient, il ne fait pas de bruit et un jour, il met son chapeau et sans prévenir il va voter pour ce qui est bon pour lui. Ce n’est pas arrivé. Pendant ce temps, la vie passe et les changements ne sont pas ce qu’ils devraient être.

J’ai vécu une période trop longue dans le monde des abattoirs en rêvant que les choses allaient changer. Oui, il y a eu des lois nouvelles qui en apparence ont donné l’illusion que la qualité de vie des animaux sera améliorée. Chimère! Ce sont des gens qui ont changé; pas assez nombreux mais quand même…. Des groupes se sont formés pour aider et protéger les animaux mais l’industrie agro-alimentaire continue de croître. L’argent est plus fort que la police et l’indifférence prend de plus en plus de place. Un éleveur devant la caméra parle de Marguerite son adorable vache qu’il tapote en passant à côté d’elle. On lui a enlevé son petit de deux jours parce que Marguerite doit retourner au travail pour donner du lait. Il n’y a que des gens comme moi qui y voient un drame humain?Voyons Josée, c’est juste des animaux!

Un être sensible souffre de se séparer de son petit mais une vache, c’est tellement quelconque. Sachez que mon père était vétérinaire et il m’a appris que les animaux avaient des sentiments comme les humains. Il nous donnait comme exemple notre chat qui était jaloux et triste quand on l’ignorait, affectueux avec la famille, drôle quand il voulait attirer l’attention. Il copiait même nos attitudes comme de s’asseoir comme nous sur le divan, les pattes arrières écartées, le dos appuyé et la patte droite posée sur l’accoudoir. Papa disait que les animaux copiaient nos attitudes à force de nous côtoyer. Pendant ce temps, des voisins se débarrassaient des minous de la place en les gazant avec le tuyau d’échappement de la voiture. Le beau progrès des jours récents, c’est qu’on peut punir les tortureurs d’animaux. Mais fouillez dans vos souvenirs, vous allez vous rappeler des scènes de mauvais traitements envers des animaux qui vous étaient familiers. Un mec que j’ai connu au travail (inspecteur) disait qu’il empoisonnait les chats du voisinage. Vous croyez qu’il était le seul? La cruauté et l’indifférence humaine sont sans borne. Un chat pendu sur la galerie, courir après un chien pour le frapper……Les combats de coqs avec des ergots d’argent et les yeux crevés,

Aller dans une boutique de produits naturels et apercevoir une vendeuse avec un collet de fourrure de lapin! Ça crée un climat de douceur qu’elle me dit. Se vanter de son manteau Canada Goose avec de la fourrure de chien! Faire avancer des cochons sur un quai de débarquement d’abattoir en frappant sur leur dos en disant : « Ça comprend rien ces animaux là! » C’était leur premier et dernier voyage. Vous avez vu les bibelots de chats en fourrure dans certaines boutiques? J’ai signalé le fait au vendeur/proprio qui m’a dit de faire une plainte et les deux jeunes filles témoins de la scène m’ont regardée en disant qu’elles préféraient la fourrure authentique. J’étais estomaquée!

Ma lassitude et mon écoeurement ne me feront pas baisser les bras mais je perds des bribes d’énergie. Je deviens lasse par moment. Heureusement, je rêve de mon jardin qui va me faire toucher au bonheur. La terre entre mes doigts qui vont croiser de jolis vers de terre. Mon râteau qui va se faire tendre pour ne pas les blesser. Et puis ces graines qui vont germer et me donner de petites pousses vertes pleines de vie et grandir en beauté et en grâce. Heureusement, je mettrai une clôture autour pour éviter de réprimander les chats du quartier qui vont venir chez moi pour la collation qu’ils n’ont pas ailleurs. Je vais aller chercher mon compost d’un voisin plus éloigné qui recycle les feuilles de tout le monde. Et puis les fleurs de toutes sortes qui vont garnir ma galerie et mes plantes-bandes. Je serai envahie par la beauté. Heureusement, la vie à courte échelle va se manifester dans ma cour pour oublier les injustices envers tout ce monde animal vivant que l’on ignore par indifférence et manque d’amour.

J’ai mis mon chapeau en attendant que je puisse enfin profiter de la nature de la belle saison. Oublier que la patience a des limites! J’attends le changement papa. Je vais faire mon possible en attendant mais…… je suis lasse!

 

Un texte de Josée Masse

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